Rémi Gageac écrivain

Dérivée seconde

Qu’est-ce que j’apprends aujourd’hui dans le Monde ? L’inflation serait en légère hausse sur un an (+ 0,2 %) (sic).

Bigre.

Après la “baisse de la hausse” du chômage prophétisée par notre Président, voici qu’on nous annonce une “hausse de la hausse” des prix. Le monde politico-médiatique se serait-il soudain découvert une passion pour les dérivées secondes ?

Las ! Il s’agit en réalité d’une incompréhension des concepts mathématiques sous-jacents. Bon, quand je dis « mathématiques », c’est pour être gentil et ne pas avoir l’air de taper trop fort, car en réalité tout cela dénote un manque complet de sens commun.

Quelques notions de base🔗

À titre de rappel pour ceux qui n’ont pas lu Le Marché, l’inflation consiste en la perte de valeur progressive de la monnaie. (Une perte de valeur subie, au contraire d’une dévaluation volontaire comme le pratique la Chine en ce moment, et qui ne joue en fait que sur les taux de change envers les autres monnaies.) Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est Wikipédia :

L’inflation est la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.

On voit donc que la hausse des prix est la conséquence principale et seule manifestation “palpable” de l’inflation. D’où le raccourci bien pratique qui consiste à assimiler inflation et hausse des prix.

Il en résulte que l’inflation est en elle-même déjà un taux d’accroissement ; autrement dit, une vitesse — ou, en termes mathématiques, une dérivée première.

Parler de la hausse de l’inflation comme le fait le Monde, c’est donc en fait parler d’une accélération de la hausse des prix. En d’autres termes, une dérivée seconde !

Alors ?🔗

Est-ce réellement ce qu’ont voulu signifier les journalistes ? Point du tout.

Premier indice au début de l’article :

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a annoncé, jeudi 13 août, une légère hausse de l’inflation en un an (+ 0,2 %). L’indice des prix à la consommation (IPC) a toutefois connu une baisse de 0,4 % en juillet, après une baisse 0,1 % en juin.

La seconde phrase nous indique que le journaliste confond probablement l’inflation (hausse des prix) et les prix eux-mêmes. Confirmation en consultant la dépêche originale directement sur le site de l’Insee :

Les prix à la consommation baissent de 0,4 % en juillet 2015 ; ils sont en hausse de 0,2 % sur un an.

Ce n’est donc bien pas l’inflation qui a augmenté, mais les prix.

Est-ce grave ?🔗

Personnellement, je pense que oui. Confondre vitesse et accélération, ça dénote non seulement de sérieuses carences en culture scientifique de base, mais un sacré manque de sens commun !

En réalité, le principal problème à mes yeux n’est pas tant que les journalistes soient nuls en maths — ou en orthographe, d’ailleurs, ou dans tel ou tel domaine. C’est que s’ils déploient aussi peu d’énergie à vérifier leurs informations qu’ils n’en mettent à ne pas proférer d’absurdités, alors on ne peut être sûr de rien. Et si les médias ne sont plus en mesure de nous informer avec précision… qui le fera ?

Mise à jour le 14 août 2015🔗

Je tombe à l’instant sur une récidive : L’Allemagne voit sa croissance progresser de 0,4 %.

Sans commentaire.